Eugénie ne voulait pas quitter le manoir
Il y a quelques années, j'ai été contactée par la propriétaire d'un manoir en Saône-et-Loire.
Le lieu était à vendre.
Mais malgré le temps qui passait, le manoir ne trouvait pas de nouveaux propriétaires.
Ce genre de situation fait partie des raisons pour lesquelles on m'appelle parfois.
Des maisons, des propriétés, des commerces qui semblent ne pas parvenir à changer de mains.
Bien sûr, un bien immobilier peut ne pas se vendre pour énormément de raisons parfaitement concrètes : son prix, son emplacement, son état, le marché…
Mais parfois, au cours d'une consultation, je ressens autre chose.
Et ce fut le cas pour ce manoir.
La consultation avait lieu avec sa propriétaire, dans le bureau.
Comme souvent pendant mes séances de voyance, une bougie était allumée.
J'aime travailler ainsi.
La lumière est douce.
L'atmosphère devient plus calme.
Et ce jour-là, dans la lueur de cette bougie, j'ai commencé à percevoir quelqu'un.
Une vieille dame.
Elle était là.
Dans le bureau avec nous.
Je pouvais la distinguer dans cette lumière particulière, et très vite j'ai compris que cette femme n'était pas étrangère à l'histoire du manoir.
Nous avons continué la séance.
Peu à peu, son identité s'est précisée.
Elle s'appelait Eugénie.
Et Eugénie était l'arrière-arrière-grand-mère de la propriétaire.
Mais une question restait.
Pourquoi était-elle encore là ?
Pourquoi semblait-elle si attachée à cette propriété après toutes ces années ?
La réponse qui est venue m'a beaucoup touchée.
Les chats.
Eugénie avait eu de nombreux chats.
Elle les avait aimés.
Et plusieurs d'entre eux avaient été enterrés dans le parc du manoir.
C'était pour eux qu'elle était restée.
Dans ce que je percevais, Eugénie continuait tout simplement à veiller sur ses chats.
Les années avaient passé.
Les générations s'étaient succédé.
Le manoir avait continué son histoire.
Mais elle, d'une certaine manière, était toujours là.
À surveiller cette partie du parc où reposaient les animaux qu'elle avait tant aimés.
Il y avait pourtant quelque chose qu'Eugénie semblait ne pas savoir.
Cette partie du parc était protégée.
L'endroit où reposaient ses chats était intouchable.
Il ne pouvait pas être construit.
Il ne pouvait pas être démoli.
Ses chats ne risquaient rien.
Alors, avec beaucoup de bienveillance, nous lui avons expliqué.
Nous lui avons fait comprendre qu'elle avait veillé sur eux suffisamment longtemps.
Que personne n'allait venir détruire cet endroit.
Qu'ils pouvaient rester là.
Et surtout… qu'elle pouvait maintenant partir.
Il n'y avait aucune raison de la brusquer.
Aucune raison d'avoir peur d'elle.
Cette vieille dame ne semblait pas vouloir faire de mal à qui que ce soit.
Elle avait simplement passé tout ce temps à protéger ce qu'elle aimait.
Il fallait seulement la rassurer.
Lui dire que tout irait bien.
Et lui permettre, à elle aussi, de continuer son chemin.
Puis la consultation s'est terminée.
Le temps a passé.
Et quelques semaines plus tard, j'ai appris quelque chose.
Le manoir avait trouvé ses nouveaux propriétaires.
Était-ce une coïncidence ?
Le bon acheteur s'est-il simplement présenté au bon moment ?
Ou la présence d'Eugénie avait-elle, d'une manière que nous ne pouvons pas expliquer, retenu quelque chose dans ce lieu ?
Je n'ai aucun moyen de l'affirmer.
Et comme toujours, je laisse chacun libre de son interprétation.
Je sais seulement ce que j'ai vécu ce jour-là.
Une vieille dame apparue dans la lumière d'une bougie.
Un prénom.
Eugénie.
Une histoire familiale.
Et des chats enterrés depuis très longtemps dans le parc d'un manoir.
Mais ce que je préfère retenir de cette histoire, c'est autre chose.
Pendant toutes ces années, Eugénie semblait être restée pour une raison finalement très simple.
Elle veillait sur ceux qu'elle avait aimés.
Même s'ils avaient quatre pattes.
Et lorsqu'elle a compris qu'ils ne risquaient plus rien…
peut-être a-t-elle enfin accepté de les laisser.
Quelques semaines plus tard, une nouvelle famille franchissait les portes du manoir.
Et Eugénie, elle, pouvait enfin poursuivre son chemin.
Les Chroniques de l'Invisible
Certains liens sont si forts qu'ils semblent parfois traverser bien plus que le temps.
© Bulle de Marie-Louise – Les Chroniques de l’invisible
Texte original. Toute reproduction, adaptation ou utilisation, totale ou partielle, sans autorisation préalable est interdite.
0 commentaire